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Communication

Hommage au poète Serge WELLENS

L'Oratoire - La Rochelle - le 15 octobre 2010

 

Communication de F. Garros

suite


(ici un extrait de ma communication lors du colloque d’Angers de 1999)

La poésie de Serge Wellens est connaissance – naissance avec – et non savoir. Exigence éthique par rapport au langage. Il ne s’agit pas de divaguer, de se laisser aller aux sirènes du langage, mais au contraire, tenir la bride haute, assigner au langage sa place, lui demander des comptes, le façonner comme matériau. Le poème appareillé à la vie, ajusté à, en prise avec est ici. Travail que je considère comme exemplaire, d’une poésie qui ne s’en laisse pas conter, qui ne renonce pas.

L’expérience de la peinture renforce à mon avis cet aspect essentiel de l’œuvre. Wellens sait mieux que beaucoup, par un côtoiement fasciné de nombreuses œuvres combien la peinture – qui est travail et non illusion – contient en elle la trace du « poids du corps ». De même le poème doit garder cette empreinte, signe d’une humanité en danger, d’une humanité toute précaire, malgré les effets faciles des technologies sans éthique. Rechercher dans le poème réussi – comme on dit d’un travail de la main, humble artisanat à la Guillevic, qui fait aussi songer à Follain – le poids du corps, ce tremblement humain est paradoxalement la tâche la plus urgente du poète, sans doute la plus rugueuse. 

C’est là à mon avis une des œuvres importantes de notre temps. Longtemps on l’a considérée comme intéressante mais non décisive – tout en reconnaissant dès le début ses qualités poétiques. Il est vrai que Serge Wellens a peu écrit – par rapport à d’autres. La Concordance des Temps est une somme poétique – une relecture de toute son œuvre faite par l’auteur – presque emblématique de ce que peuvent être aujourd’hui une « intention » poétique et un « art poétique ».


Elle a le mérite de nous ouvrir les yeux. Ne pas nous faire prendre des vessies pour des lanternes et le poétique pour n’importe quoi. Le poétique n’est pas, nous dit Serge Wellens, dans une acceptation – glorifiante – du monde, une sorte d’accueil virginal des beautés de ce monde,  il est toujours dans un refus de la naïveté qu’on fait passer pour du poétique, dans un refus farouche, intransigeant, lié à une reconquête par le langage d’un réel autre – que nous ne voyons pas. Pas de poésie dans un coucher de  soleil, rappelait Pierre Reverdy. La poésie est dans ce qui n’est pas. Sans théoriser Wellens réaffirme l’existence du poétique, l’amarre non à une essence désincarnée, mais à une « brûlure » du réel, le fait « concorder » avec le vital, dans un temps qui volontiers le rapproche du naïf, de l’enfantin regardé par les « adultes », d’un émoi passager devant les « émotions » du monde. S’enthousiasmer devant une éclipse, c’est encore croire que nous avons accès presque magiquement, naïvement à ce monde. Or c’est par son langage – même le plus élaboré – que l’homme donne sens à ce monde, tâche plus communément dévolue au scientifique et au philosophe.  Tenter de donner sens, y compris au mystère (ce qui à première vue serait dépourvu de sens) est tout à l’honneur des poètes, comme Serge Wellens. Plus particulièrement s’agit-il, pour le poète, aujourd’hui, de donner une trace sensible du mystère, lui donner une valeur proprement humaine, en cela rapprocher l’homme de ce qu’il ne comprend pas : humaniser le mystère.

Mais qu’on le veuille ou non le  poète épris de mystère reste un tâcheron de l’existence. Etreindre la rugueuse réalité du monde (Rimbaud) est toujours d’actualité. Non que le poète ait à se faire le reporter de la réalité quotidienne, mais, s'il a encore un rôle,  c'est d'assumer d'être un  transformateur de sens.

En cela la vie ne s'absente pas du poème, au contraire elle le rend présent, mais en même temps,  elle-même, elle se dresse, réhabilitée, re-habitée.

Chaque poème de Serge Wellens me rappelle ça, aujourd'hui : exploration sans éloquence excessive  d'un espace inter zones, entre la vie et le poème en train de se faire - la circonstance du poème (selon Mallarmé, ce qui se tient autour), lumière étrange qui s'échange entre l'une et l'autre, dont l'une et l'autre se rechargent, échangent leurs polarités respectives -  un tissage particulier fait de mystère et de sens.

(fin ici de l’extrait de ma communication)

 

C’est enfin la « leçon » de Char, que d’aucuns ont oublié aujourd’hui, que toute l’œuvre de Serge Wellens me rappelle. Si les ténèbres sont là, même s’il s’agit d’autres zones d’ombre aujourd’hui, pas plus reluisantes, toute la place doit être faite à la beauté, déclarait René Char le poète résistant.
Et comment entendre aujourd’hui ce beau titre d’Yves Bonnefoy : « la beauté dès le premier jour » (Editions William Blake, 2009) ? Ne s’agit-il pas de donner confiance, donner confiance en l’avenir malgré les obstacles et les intempéries du présent ?

François Garros
Le 6 octobre 2010
Nieul sur Mer

Pour Annie Wellens et Antoine

 

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